mercredi 12 septembre 2012

Le mal de la pauvreté

Afrique

Que de pauvres embourbés !

Les développeurs l’affirment: en l’absence d’une politique volontariste et vigoureuse de lutte contre la pauvreté pour infléchir les tendances observées, plus de 50% de la population ivoirienne sera dépourvue de tout moyen de subsistance minimum à l’horizon 2015. Au fait, pourquoi la pauvreté s’enracine-t-elle aussi rapidement dans ce pays considéré par beaucoup comme l’eldorado de la sous-région? Question pertinente que voici ! Ce paradoxe ivoirien ne date pas de la récente crise, même si celle-ci a aggravé le phénomène en contrariant bien des projections optimistes des gouvernants et leurs partenaires au développement qui tablaient sur une baisse de la pauvreté à 16% à l'horizon 2015. Car, par le passé, et pendant les trois années qui ont suivi la dévaluation intervenue en 1994, la Côte d’Ivoire a réalisé des taux de croissance élevés de l’ordre de 6 à 7%. Pour autant, les indicateurs de pauvreté ne se sont pas améliorés. Dans le classement des pays au titre de l’indice de développement humain (Idh) de 1999, 36,8% de la population ivoirienne vivait en dessous du seuil de pauvreté, c’est-à-dire qu’en moyenne, chaque habitant ne disposait que de 360 francs CFA par jour pour manger. Les experts de la Banque mondiale notaient,  à cette même époque, que plus de 11,7% de la population se trouvait dans une extrême pauvreté, se contentant d’environ 259 francs par jour. Très ans plus tard, le problème se pose toujours avec acuité; les pauvres s’étant appauvris davantage tant dans les villes que dans les villages, et le pays qui était, en 1999, classé au 154ème rang mondial a régressé à la 170ème place selon l'indice de 2011 publié par le Programme des Nations Unies pour le Développement (Pnud). Faute d’une croissance économique rapide et durable nécessaire pour sortir les pauvres de la  pauvreté. En fait, ces dernières années ont alterné fortes décroissances allant jusqu'à -6% ( fin 2010) et légère embellie (+3% en 2009). Alors que la croissance démographique (3,8% en moyenne) a continué à cause de la fécondité sans pareille dans les milieux pauvres.
Comment réduire donc la pauvreté ? La réponse à cette question est tout un ensemble de programmes orientés en trois directions : cohérence politique, croissance économique, et volonté politique. La réduction de la pauvreté appelle, en effet, une plus grande cohérence des politiques gouvernementales susceptibles d’affecter le développement. Parmi celles-ci, on a l’allègement de la dette (qui vient d'être obtenu, le 26 juin 2012, avec le point d'achèvement de l'initiative Ppte ayant permis de réduire d'environ 4090 milliards de Fcfa le stock de la dette publique extérieure), la promotion des échanges et de l’investissement (public et privé), la sécurité sociale, etc. 

Le recul de la pauvreté passe aussi par une croissance vigoureuse à large assise, et l’amélioration de l’accès aux services sociaux. Toutes choses qui vont de paire avec une bonne gestion des affaires publiques, une gestion macro-économique prudente, des marchés concurrentiels et un secteur privé dynamique, générateur d’emplois et de revenus, une juste répartition des fruits de la croissance. 
Enfin, toute stratégie de réduction de la pauvreté suppose une action politique résolue pour "démarginaliser" les pauvres en leur donnant des moyens de se faire entendre et en favorisant les principes démocratiques.

Dans le contexte de bien des pays en développement comme la Côte d’Ivoire, l’allègement de la dette offrira davantage de possibilités aux gouvernants d’investir dans le social et d’inciter, par une dépression fiscale, le secteur privé à se développer, à créer des emplois et des richesses. Car le secteur privé est le moteur de la croissance et un puissant vecteur de développement. D’ailleurs, l’inégalité des progrès économiques entre les pays africains et asiatiques tient à l’industrialisation et donc à une dynamique de l'activité productive. Les asiatiques qui étaient, il y a 40 ans, au même niveau de développement que la plupart de nos pays se sont industrialisés et sont devenus des puissances économiques. Alors que de 1960 à ce jour, l’Afrique au sud du Sahara est devenue la zone la plus pauvre au monde avec un taux de croissance moyen de 4% contre 57% dans les pays asiatiques. Samir Amin avait raison d’être afro-pessimiste. Hélas !

Faut-il désespérer de la Côte d’Ivoire ? Malgré la crise, on peut répondre par la négative parce que le Dsrp (devenu Programme national de développement-PND) traduit la volonté des gouvernants de réduire coûte que coûte la progression de cet état avilissant qu’est la pauvreté. Mais comme dirait l'autre, il faut laisser le champ de la guerre pour s’attaquer maintenant à celui du développement. Résolument. 
GOORE Bi Hué

mardi 11 septembre 2012

Relance économique


La Côte d'Ivoire a besoin d'investissement privé massif
pour booster  la croissance économique
Paix, sécurité et développement
S’il est une chose sur laquelle s’accordent, développeurs et économistes, c’est celle-ci : Sans paix, il ne peut y avoir de développement. La paix joue donc un rôle déterminant dans le processus de croissance et de développement économique. Elle en constitue même le ferment. Un environnement des affaires n’est dit attrayant que, lorsqu’en plus des opportunités existantes, l’investisseur a une nette visibilité et une bonne lisibilité du futur, proche et lointain. Certes, il existe des «risk-lovers» en business, c’est-à-dire des gens qui aiment investir là où il y a l’insécurité, la guerre et cafouillage, mais ils sont très peu nombreux! Et leurs investissements ont, très souvent, peu d’impact sur la croissance et sur le bien-être des populations. Parce qu’ils s’engagent dans des projets à court ou moyen terme ou nécessitant moins d’investissements lourds. Mais les investisseurs qui sont recherchés et utiles, sont ceux qui injectent leur argent sur le long terme et dans une situation de normalité, de sécurité. Parce que ceux-là créent de vraies valeurs ajoutées et ainsi contribuent au développement social et économique. Donc, le défi pour un Etat, aujourd’hui, c’est de créer les conditions de sécurité pour bâtir sur un long terme, pour attirer des investisseurs dont la stratégie est, au-delà de la rentabilité de son affaire, d’accompagner l’Etat dans ses efforts de croissance économique, et non pas de profiter de ses faiblesses pour lui arracher des contrats juteux au détriment. Pour ces investisseurs sérieux, il n’y a plus de destinations privilégiées comme on aime à dire de la Côte d’Ivoire, ici ! Il y a plutôt compétition entre les nations. Aussi, un homme d’affaires préfèrera-t-il abandonner un marché lui offrant de réaliser 40% de bénéfice annuel pour un autre où il n’aura que 15% annuel mais dans un climat serein et sur une longue durée ! Ceci pour dire que la forte rentabilité, seule, ne suffit plus. Donner de la visibilité et offrir une ambiance rassurante à l’opérateur, voilà ce qu’il attend !
Gooré Bi Hué